Pau et son histoire

Béarn et Pays basque : histoire de ressemblances

Le 12 janvier 1790, l’assemblée nationale institue le département des Basses-Pyrénées réunissant le Béarn, les trois provinces françaises de langue basque (le Labour, la Basse Navarre et la Soule), ainsi que les terres gasconnes de Bayonne et de Bidache.

La logique administrative semble avoir eu raison de plusieurs siècles d’histoire marqués par la séparation des peuples.

Basques, Béarnais, histoire de différences

Les grottes d’Isturitz abritent des traces d’une culture homogène qui, dès le néolithique, jalonnait un espace débordant largement, de Lascaux à Altamira (Espagne), le cadre de l’actuelle Aquitaine.

Gascons, Basques, Béarnais auraient ainsi pu ne constituer qu’un seul peuple. Mais les hasards de l’histoire, mêlés aux contraintes de la géographie, ont brisé cette unité primitive.

Il est probable qu’une même langue, pré indo-européenne, était alors parlée sur l’ensemble de ce qui est redevenu un territoire commun : le département.

Les Romains viennent bouleverser cet équilibre. La romanisation laisse subsister, dans les régions montagneuses des deux versants pyrénéens, une aire où l’euskara, le “parler basque”, persista, la distinguant nettement de l’aire hispano occidentale soumise aux influences latines. Dès lors, à partir de la branche commune, se développent séparément les cultures basque et béarnaise.

Les diverses invasions qui se produisent après la paix romaine accentuent la différence, donnant à la région une histoire enchevêtrée, du Moyen-âge à la Renaissance. A l’unité de la Vasconie ou Gascogne, qui accompagne l’effondrement de l’Empire romain, succède, en effet, un émiettement général des territoires.

La vicomté de Béarn, créée au IXIème siècle sur le minuscule Vic-Bilh, s’agrandit par le jeu des alliances et devient, ainsi que l’Aragon, un état indépendant, jusqu’à l’édit d’union au Royaume de France promulgué par Louis XIII en 1616.

Toutefois, Pays basque et Béarn conservent jusqu’à la Révolution leurs caractéristiques. Ils sont pays d’état et en gardent leur Parlement (Parlement de Navarre), leurs privilèges linguistiques et leurs traditions juridiques (les fors).

La Révolution de 1789 les oblige à renoncer à ces prérogatives.

La langue devient alors le drapeau de l’affirmation identitaire. La bataille est d’autant plus vive parfois qu’ici, on l’a vu, les enjeux sont doubles.

Mais cette différence ne doit pas occulter les traits communs qui unissent les deux communautés.

Très marquées par un agro-pastoralisme longtemps dominant, les cultures basque et béarnaise sont toutes deux empreintes d’un esprit d’indépendance dont témoignent le nombre et la diversité des fors (ou fueros sur le versant espagnol).

Les ressemblances entre les deux peuples tiennent aussi aux façons très profondes d’appréhender la vie quotidienne : les droits de succession spécifiques qui n’écartaient pas les femmes, la relative égalité des sexes et la tradition d’émigration, liée en partie au mode de transmission du patrimoine (droit d’aînesse) relient les deux cultures, par ailleurs fortement attachées aux valeurs traditionnelles.

La Révolution de 1789 et la création des départements s’accompagnent d’une volonté de construire et d’étayer l’unité nationale sur la réduction des particularismes locaux.

Les parlers ancestraux sont “minorés” au profit de la langue nationale, mais Basques et Béarnais résistent à l’uniformisation et continuent, aujourd’hui encore, de refuser la disparition de leurs langues.